Un client ivre veut prendre le volant : que dire au comptoir ?
Un client ivre sort ses clés et compte conduire. Ce qui est puni par la loi, c'est la conduite sous l'empire d'un état alcoolique (L. 234-1 du code de la route). Au comptoir, votre rôle est de ne plus le servir, de proposer une solution de retour et d'alerter l'exploitant.

La situation
Il est une heure du matin. Un client, assis au bar depuis le début de soirée, cherche ses clés dans sa poche. Il a du mal à parler et dit qu'il rentre à pied, puis qu'il prend sa voiture, garée devant. Un autre client tente de le raisonner, mais il insiste et se lève de son tabouret.
Que faire ?
- Ne lui servez plus rien, ni boisson ni café à faire passer.
- Dites-lui simplement que vous ne pouvez pas le laisser partir au volant, et proposez-lui un taxi ou une personne qui peut le raccompagner.
- Prévenez l'exploitant, qui doit décider de la suite et qui connaît les clients habitués.
- Ne lui retirez pas les clés de force et ne vous placez pas devant sa voiture. Ce sont des gestes physiques, à éviter.
- S'il prend le volant malgré tout, ne le poursuivez pas à pied. Notez la couleur et l'immatriculation du véhicule, puis appelez le 17.
Si le client a déjà été servi au point de ne plus tenir debout, la règle sur les clients manifestement ivres est sur la page du client qui réclame encore à boire.
Ce que dit le texte
Le texte qui vise le conducteur est l'article L. 234-1 du code de la route. Il punit de trois ans d'emprisonnement et de 9 000 euros d'amende le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique. Le texte ne retient pas seulement les signes visibles d'ivresse : il fixe des concentrations d'alcool dans le sang ou dans l'air expiré. Ce délit commence à 0,80 gramme par litre de sang ou 0,40 milligramme par litre d'air expiré. En dessous, l'article R. 234-1 punit déjà la conduite à partir de 0,50 gramme par litre de sang, ou 0,25 milligramme par litre d'air expiré, et à partir de 0,20 gramme ou 0,10 milligramme pour certains conducteurs, dont les permis probatoires.
De son côté, le débitant est visé par l'article R. 3353-2 du code de la santé publique, qui punit le fait de donner à boire à des gens manifestement ivres. Ce texte concerne le service, pas la conduite. Il vise donc l'exploitant en premier.
Aucun de ces textes ne demande au salarié d'empêcher physiquement la conduite. Votre rôle, au comptoir, est de cesser de servir, d'alerter et de proposer une solution.
Ce qu'il ne faut pas faire
- Ne laissez pas partir un client au volant en vous disant « il habite à côté ». Le trajet n'est pas une raison suffisante.
- Ne servez pas de boisson pour « le faire passer ». Une boisson supplémentaire ne règle rien et viole la règle sur le service.
- Ne montez pas dans sa voiture et n'acceptez pas ses clés. Vous vous exposez, et vous ne pouvez pas garantir qu'il rentre en sécurité.
Testez-vous
- Un client ivre veut conduire. Que faites-vous ? a) Lui servir un café avant de partir. b) Lui proposer un taxi et prévenir l'exploitant. c) Lui prendre les clés de force.
- L'article L. 234-1 punit qui ? a) Le débitant qui sert. b) Le conducteur. c) Les passagers.
- L'article R. 3353-2 vise qui ? a) Le client ivre. b) Le débitant de boissons qui donne à boire à une personne manifestement ivre. c) Le conducteur seulement.
Réponses
1. Réponse b. Le taxi et l'alerte à l'exploitant sont les moyens sûrs. Une prise de clés de force expose le serveur, et un café ne sert à rien.
2. Réponse b. L'article L. 234-1 vise le conducteur. Le texte ne punit pas celui qui sert, c'est un autre article qui le fait.
3. Réponse b. Le texte vise le fait de donner à boire à une personne manifestement ivre. Il concerne le service, donc l'exploitant en premier.
Pour vérifier la réponse
- Article L. 234-1 du code de la route : conduite sous l'empire d'un état alcoolique
- Article R. 3353-2 du code de la santé publique : donner à boire à une personne manifestement ivre
Questions fréquentes
Le client a bu peu, peut-il conduire ?
Nous ne répondons pas à cette question par un seuil. Une concentration d'alcool ne se devine pas au comptoir. Dans le doute, ne laissez pas partir le client au volant.
Peut-on appeler la police ?
Oui. Si le client veut conduire et refuse d'écouter, appelez le 17 et donnez le signalement du véhicule. Ne vous exposez pas pour le retenir.
Le salarié est-il responsable s'il ne l'empêche pas de partir ?
L'article L. 234-1 vise le conducteur et l'article R. 3353-2 le débitant : aucun des deux ne met cette responsabilité sur le salarié. L'article 223-6 du code pénal vise en revanche quiconque s'abstient volontairement d'aider une personne en péril alors qu'il le pouvait sans risque, notamment en provoquant un secours : s'il prend le volant, appelez le 17.
Que faire si le client est un habitué ?
La règle ne change pas. Le texte ne prévoit aucune exception selon l'habitude du client. L'exploitant décide de la suite avec vous.
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